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Coloration

Coloration végétale : ce qu’elle permet, et ses vraies limites

Par la rédaction Publié le 9 min de lecture

Poudre végétale verte dans un bol en bois sur fond blanc
Photo : Marijan K. / Unsplash

La coloration végétale colore avec des poudres de plantes (henné, indigo, cassia) qui déposent leurs pigments sur et dans la fibre, sans oxydant. Elle permet de réchauffer, foncer, raviver et gainer le cheveu, mais jamais de l’éclaircir, et son résultat dépend fortement de la couleur de départ. On sait moins qu’elle peut, elle aussi, provoquer des allergies, et qu’elle complique tout retour vers une coloration classique.

Ce que contient vraiment une coloration végétale

Derrière l’appellation, une poignée de plantes, seules ou en mélange, dont trois font l’essentiel du travail, chacune dans un registre différent.

Gros plan sur une texture verte épaisse, proche d'une pâte de plante
Photo : Kairi Kaljo / Unsplash
Plante Pigment ou effet Résultat sur cheveu clair Usage typique
Henné (Lawsonia inermis) Lawsone, colorant rouge-orangé Roux à orangé vif Reflets cuivrés, base de la plupart des mélanges
Indigo (Indigofera tinctoria) Pigment bleu Bleuté, voire verdâtre seul Mélangé ou posé après le henné pour obtenir châtain, brun, noir
Cassia (Senna italica), dite « henné neutre » Très peu colorante Léger reflet doré au mieux Soin gainant, adoucir un mélange

À ces trois piliers s’ajoutent parfois d’autres poudres (katam, amla, brou de noix…) censées nuancer le reflet. Leur effet est plus modeste et moins documenté ; la lecture de la liste INCI reste le meilleur moyen de savoir ce que contient un sachet.

Le henné et l’indigo ont tous deux fait l’objet d’une évaluation par le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS). En 2013, celui-ci a jugé le henné sûr comme teinture capillaire dans les conditions testées, soit 100 g de poudre mélangés à 300 ml d’eau bouillante, en précisant que son avis ne couvrait que les lots étudiés. En 2020, il a considéré l’indigo sûr dans les colorations non oxydantes jusqu’à 25 % sur la tête, tout en notant qu’un faible potentiel de sensibilisation cutanée ne pouvait être exclu.

Ce qu’elle permet

Sur le bon cheveu, avec la bonne attente, le henné tient ses promesses.

  • Réchauffer ou foncer une base : un châtain qui tire vers le cuivré, un brun profond, un roux flamboyant sur un blond foncé. Le henné donne des reflets chauds que la lumière fait vibrer.
  • Gainer la fibre : beaucoup d’utilisatrices trouvent leurs cheveux plus épais au toucher et plus brillants après plusieurs applications.
  • Durer : la couleur s’estompe lentement, et les applications répétées l’intensifient. La FDA décrit d’ailleurs le henné comme un colorant qui fonce les cheveux progressivement, au fil des poses.
  • Éviter l’oxydation : pas d’ammoniaque, pas d’eau oxygénée, donc pas de fibre ouverte et rendue poreuse comme avec une décoloration.

Pour une lectrice aux cheveux châtains qui veut des reflets acajou et n’a pas l’intention de devenir blonde dans les cinq ans, c’est une option cohérente. Pour celle qui hésite entre plusieurs couleurs et aime changer au gré des saisons, beaucoup moins. Le choix du reflet, lui, gagne à tenir compte du teint : notre article sur la couleur de cheveux selon sa carnation aide à trancher entre cuivré, acajou et châtain froid.

Ses vraies limites

Elle n’éclaircit jamais

C’est la limite la plus mal comprise. Sans oxydant, impossible de dégrader le pigment naturel du cheveu : on ne peut qu’ajouter de la couleur par-dessus. Un châtain foncé restera châtain foncé, avec un reflet. Si l’envie de lumière est là, ce sont d’autres techniques qu’il faut regarder, comme celles comparées dans notre article sur le balayage, l’ombré et le tie and dye.

Les cheveux blancs demandent de la patience

Sur un cheveu blanc, sans pigment, le henné pur donne un orangé franc, nettement plus vif que sur les cheveux pigmentés voisins. Pour obtenir un châtain ou un brun, on pose en général le henné puis l’indigo, en deux temps, et plusieurs séances peuvent être nécessaires avant d’obtenir un résultat homogène. Celles qui ont beaucoup de cheveux blancs et veulent un brun uni le jour même risquent la déception ; certaines finissent d’ailleurs par se demander s’il ne vaut pas mieux passer aux cheveux blancs en douceur.

Femme aux cheveux cuivrés tenant un parapluie fleuri dans une rue
Photo : atelierbyvineeth / Unsplash

Le résultat est difficile à prévoir

Porosité, base naturelle, qualité de la poudre, eau utilisée, temps de pose : tout influe. Deux applications du même sachet sur deux têtes différentes peuvent donner deux couleurs différentes. D’où l’intérêt de tester d’abord sur une mèche discrète, prélevée sur une brosse ou coupée sous la nuque.

Revenir en arrière est compliqué

Une fois le henné installé, la coloration chimique devient délicate. Les recommandations de bon usage de l’Afssaps (devenue ANSM) déconseillent d’appliquer une coloration d’oxydation sur des cheveux colorés au henné ou aux sels métalliques. Un coloriste prudent ne s’aventure donc pas à éclaircir des longueurs hennées sans mèche test, et même ainsi, le résultat reste incertain.

À éviter

Les poudres vendues sous le nom de « henné » mais qui contiennent autre chose. En 2012, l’ANSM a mis en garde contre des colorations « Royal Black Henna », « Royal Red Henna » et « Royal Brown Henna » qui contenaient des substances interdites dans les cosmétiques et de la PPD à une concentration très supérieure au maximum autorisé, après un effet indésirable grave chez une utilisatrice. Un henné qui promet du noir en une pose doit éveiller la méfiance.

Allergies : végétal ne veut pas dire inoffensif

La lawsone elle-même peut provoquer des dermatites de contact allergiques. La revue de la dermatologue Maria Fernanda Gavazzoni Dias (International Journal of Trichology, 2015) rappelle ces cas, ainsi que des allergies immédiates plus rares, observées surtout chez les coiffeurs. Elle signale aussi un risque particulier : la lawsone peut provoquer une hémolyse grave chez les enfants atteints d’un déficit en G6PD. Raison de plus pour ne jamais appliquer de henné sur un enfant sans avis médical.

Le danger le plus documenté vient toutefois des produits dits « henné noir ». Le NHS explique que la pâte utilisée pour les tatouages au henné noir contient de fortes concentrations de PPD, ce qui augmente le risque de réaction allergique lors d’un usage ultérieur de produits qui en contiennent, colorations capillaires comprises. La FDA fait le même constat. Une lectrice qui a eu une réaction après un tatouage de vacances doit le signaler avant toute coloration, végétale ou non.

Bon à savoir

Le test cutané n’est pas réservé aux colorations chimiques. Appliquez un peu de pâte préparée selon la notice, au moins 48 heures avant la coloration, comme le recommande le NHS pour toute teinture, et surveillez démangeaisons, rougeurs ou gonflement. Les symptômes peuvent mettre jusqu’à 72 heures à apparaître. Au moindre doute, consultez un médecin ou un dermatologue.

Poser un henné : la méthode en cinq étapes

Chaque fabricant donne ses proportions et son temps de pose : ce sont eux qui font foi. Les grandes lignes restent les mêmes.

  1. Vérifier la poudre. Liste INCI courte et lisible, plantes nommées par leur nom botanique, aucune mention de PPD ou de « phénylènediamines ». Méfiance envers les promesses de noir intense en une seule pose.
  2. Faire le test cutané et la mèche test. Le premier pour l’allergie, la seconde pour la couleur obtenue sur vos cheveux.
  3. Préparer la pâte. Délayez la poudre selon la notice, dans un bol en verre ou en plastique plutôt qu’en métal, jusqu’à obtenir une texture de yaourt épais.
  4. Appliquer sur cheveux propres. Gants obligatoires, protection des vêtements, crème grasse sur la lisière du front et les oreilles, application par sections, des racines aux pointes.
  5. Rincer longuement. À l’eau, jusqu’à ce qu’elle coule claire, en suivant les consignes du fabricant pour le premier shampooing. Pour un brun, l’indigo se pose ensuite selon le même principe.
Gros plan sur une chevelure rousse dans une lumière tamisée
Photo : Anna Keibalo / Unsplash

Ce protocole demande du temps, de la place et une salle de bains qu’on accepte de voir tachée. Les erreurs les plus fréquentes de la coloration à domicile, végétale ou non, sont détaillées dans notre article coloration à la maison : les erreurs qui coûtent cher.

Et si l’on veut en sortir ?

Les pigments du henné restent dans la longueur, et le seul moyen sûr de s’en débarrasser reste la repousse et la coupe progressive. Quelques repères :

  • Pour passer à une coloration d’oxydation, parlez-en franchement au coiffeur : dates des derniers hennés, nature exacte des poudres, présence éventuelle de sels métalliques. Il fera une mèche test avant tout.
  • Pour revenir à sa couleur naturelle, coupez régulièrement les pointes et laissez la démarcation s’estomper ; une coupe plus courte accélère nettement le processus.
  • Gardez les emballages : en cas de souci, ils permettent de savoir exactement ce qui a été appliqué.

La rédaction aime la coloration végétale pour ce qu’elle est (une couleur chaude, profonde, qui embellit la matière) et se méfie de ce qu’on lui fait dire : une version « douce » de la coloration classique, capable des mêmes prouesses. Pour situer le henné parmi les autres familles de coloration et revoir les règles de sécurité communes, notre guide de la coloration des cheveux compare oxydation, ton sur ton et végétale ; tous nos articles sont réunis dans la rubrique coloration. Et tenez un petit carnet : date, marque, mélange et temps de pose de chaque application. Le jour où vous voudrez changer, le coloriste vous le demandera.

Questions fréquentes

La coloration végétale peut-elle éclaircir les cheveux ?

Non. Le henné, l’indigo et la cassia ne contiennent pas d’oxydant et ne peuvent que déposer de la couleur sur la fibre. Ils foncent ou réchauffent une base, jamais ne l’éclaircissent. Pour passer d’un châtain à un blond, seule une décoloration ou une coloration d’oxydation éclaircissante peut le faire.

Le henné couvre-t-il les cheveux blancs ?

Il les colore, mais pas comme une coloration d’oxydation. Sur un cheveu blanc, le henné pur donne un roux orangé vif, qui contraste avec les cheveux pigmentés. Pour obtenir un châtain ou un brun, on applique souvent l’indigo après le henné, et plusieurs poses peuvent être nécessaires avant un résultat homogène.

Peut-on être allergique au henné ?

Oui. Des dermatites de contact allergiques à la lawsone, le pigment du henné, sont décrites dans la littérature médicale, même si elles restent peu fréquentes. Le risque principal vient toutefois des produits dits henné noir, qui contiennent souvent de la PPD. Faites un test cutané 48 heures avant chaque application.

Peut-on faire une coloration chimique après un henné ?

C’est déconseillé. Les recommandations de l’Afssaps, devenue ANSM, citent les cheveux colorés au henné ou aux sels métalliques parmi ceux sur lesquels il ne faut pas appliquer de coloration d’oxydation. Si vous voulez changer, prévenez votre coiffeur, qui testera d’abord une mèche, ou laissez pousser et coupez progressivement.

Qu’est-ce que le henné neutre ?

Le nom désigne en général la cassia (Senna italica, parfois vendue sous le nom de Cassia obovata), une plante qui colore très peu. Elle sert surtout de soin gainant ou à adoucir un mélange. Sur des cheveux très clairs ou blancs, elle peut toutefois laisser un léger reflet doré.

Sources

  1. Commission européenne, SCCS, Opinion on Lawsonia inermis (Henna) C169, SCCS/1511/13, 2013. lien
  2. Commission européenne, SCCS, Hair dye Indigofera tinctoria (C170), SCCS/1615/20, 2020. lien
  3. Afssaps (devenue ANSM), Recommandations de bon usage des colorations capillaires permanentes à l’attention des consommateurs, 2010. lien
  4. Vidal, Alerte sur les colorations capillaires Royal Henna (communiqué ANSM du 1er juin 2012), 2012. lien
  5. U.S. Food and Drug Administration, Hair Dyes, mise à jour 2025. lien
  6. NHS, Hair dye reactions. lien
  7. Gavazzoni Dias M. F. R., Hair Cosmetics: An Overview, International Journal of Trichology, 2015. lien
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