Transition vers les cheveux naturels : big chop ou repousse progressive
Par la rédaction Publié le 9 min de lecture
Une transition vers les cheveux naturels consiste à laisser repousser sa texture d’origine après des années de défrisage ou de lissage à chaud. Deux voies existent : le big chop, qui coupe d’un coup toutes les longueurs traitées, et la repousse progressive, qui les retire au fil des mois. La bonne dépend surtout de la longueur que vous acceptez de porter, et de la patience que vous avez pour une zone de cassure à surveiller de près.
Ce qu’on appelle transition, et pourquoi on la commence
Dans un article publié en 2015 dans la revue dermatologique Cutis, les dermatologues R. E. Bosley et S. Daveluy définissent la transition comme le passage d’une coiffure défrisée chimiquement ou lissée par la chaleur à une chevelure naturelle. Ils décrivent deux manières d’y parvenir : laisser pousser les cheveux traités en s’aidant de coiffures protectrices, ou faire un « big chop », c’est-à-dire couper toute la partie défrisée, ce qui laisse en général une coupe très courte jusqu’à la repousse.

Les raisons de se lancer sont multiples, et toutes légitimes : lassitude des rendez-vous de retouche, cuir chevelu qui supporte mal le produit, cheveux cassants, envie de connaître sa propre texture. Ces mêmes auteurs rappellent que le défrisage chimique et le lissage thermique font partie des pratiques qui peuvent abîmer le cheveu. L’American Academy of Dermatology le formule aussi simplement : colorer, permanenter ou défriser ses cheveux peut les endommager.
Ce que dit la recherche sur les défrisants
En octobre 2022, les Instituts nationaux de santé américains (NIH) ont publié les résultats de la Sister Study, qui a suivi 33 497 femmes pendant environ onze ans. Celles qui avaient utilisé un défrisant chimique plus de quatre fois dans l’année précédente avaient un risque plus de deux fois plus élevé de cancer de l’utérus : 4,05 % estimés à 70 ans, contre 1,64 % chez celles qui n’en utilisaient jamais. Les chercheurs soulignent que ce cancer reste relativement rare, qu’il s’agit d’une première étude à confirmer et qu’aucune donnée n’a été recueillie sur les marques ou les ingrédients. Pour toute inquiétude personnelle, parlez-en à votre médecin.
Big chop ou transition longue : les deux voies côte à côte
Entre les deux extrêmes existe une voie intermédiaire, souvent oubliée : une première coupe franche à mi-chemin, quand la repousse a atteint quelques centimètres, puis une ou deux coupes de finition.
| Critère | Big chop | Coupe intermédiaire | Transition longue |
|---|---|---|---|
| Longueur au départ | Très courte, seulement la repousse | Courte à mi-courte | Celle d’aujourd’hui |
| Durée de la double texture | Aucune | Quelques mois | Souvent un an ou plus |
| Risque de casse à la jonction | Supprimé | Réduit | Présent jusqu’à la dernière coupe |
| Démêlage | Simple, une seule matière | Moyen | Délicat, deux comportements |
| Découverte de la texture | Immédiate | Rapide | Progressive |
| Ce qu’il faut accepter | Un changement d’apparence brutal | Un compromis | Des mois de coiffures de camouflage |
L’avis de la rédaction, sans détour : la transition longue est plus confortable pour l’image qu’on renvoie, le big chop plus confortable pour les cheveux. Aucune des deux n’est un exploit ni un échec, et rien n’interdit de changer d’avis en route en coupant plus tôt que prévu.
Faire le calcul de la repousse
Le cheveu du cuir chevelu pousse d’environ 0,35 mm par jour, soit à peu près 1 cm par mois et 15 cm par an, selon la synthèse de physiologie publiée dans StatPearls. Ce chiffre moyen varie d’une personne à l’autre, mais il donne un ordre de grandeur utile pour choisir sa stratégie. Sur des cheveux bouclés, frisés ou crépus, il faut en plus compter avec la rétraction : une mèche de 10 cm étirée peut paraître beaucoup plus courte une fois sèche.
| Durée depuis le dernier défrisage | Repousse approximative (étirée) | Ce que cela permet |
|---|---|---|
| 3 mois | Environ 3 cm | Un big chop très court, façon coupe garçonne texturée |
| 6 mois | Environ 6 cm | Une coupe courte en volume, des petits twists |
| 12 mois | Environ 12 à 15 cm | Un carré court naturel une fois les longueurs retirées |
| 18 mois | Environ 18 cm | Une longueur mi-longue étirée, plus courte en boucles |
Le calcul à faire avant de trancher
Notez la date de votre dernier défrisage et mesurez une mèche de repousse étirée, à l’arrière de la tête. Divisez par le nombre de mois écoulés : vous obtenez votre propre rythme de pousse, plus fiable que la moyenne. Projetez ensuite la longueur souhaitée pour la date de la dernière coupe.
La ligne de démarcation, zone à ménager
Pendant une transition longue, chaque cheveu se compose de deux parties : une racine naturelle bouclée ou crépue, et une longueur défrisée, plus lisse et souvent plus fragile. La jonction entre les deux, qu’on appelle ligne de démarcation, est le point où la fibre change brusquement de forme et de comportement. C’est là que la casse se concentre, surtout au démêlage et sous la tension d’une coiffure.

Bosley et Daveluy rappellent que le cheveu afro-texturé est plus sensible aux dommages en raison d’une fragilité mécanique accrue et d’une tendance à former des nœuds et des fissures le long de la tige. Ajoutez une jonction entre deux textures, et l’on comprend pourquoi les gestes doivent changer.
- Démêler mouillé et enduit de soin. Par petites sections, des pointes vers les racines, aux doigts ou au peigne à dents larges, jamais à sec à la brosse.
- Ne pas tirer sur la longueur lisse pour défaire un nœud de la racine : tenir la mèche au-dessus de la ligne de démarcation.
- Couper régulièrement les pointes défrisées, quelques centimètres à la fois, pour alléger la zone fragile.
- Laisser de côté les brushings lissants répétés sur la repousse : ils ajoutent une fragilité de plus et brouillent la lecture de la texture.
Pour la coupe elle-même, à sec ou mouillée, et la manière de préparer le rendez-vous, notre article sur la coupe des cheveux bouclés détaille ce qu’il faut demander, y compris dans le cas d’une transition.
Coiffures pour traverser les mois de double texture
Le principe des coiffures de transition est de rendre la différence entre les deux textures moins visible, sans chaleur et sans tension excessive. Les twists et les tresses défaites le lendemain donnent à la longueur lisse une ondulation qui se fond avec la repousse. Les chignons bas et souples cachent la jonction. Les tresses, les vanilles ou les extensions laissent les cheveux au repos plusieurs semaines.

Ces coiffures dites protectrices ont leurs propres limites. Bosley et Daveluy notent que les tresses très serrées et les colles de tissage peuvent abîmer davantage cheveux et cuir chevelu, et que des extensions longues et lourdes peuvent faire casser le cheveu naturel. L’American Academy of Dermatology donne des repères précis :
- Limiter la durée. Ne pas garder des tresses plus de 6 à 8 semaines.
- Desserrer la lisière. Desserrer les tresses autour du front et des tempes, et préférer des tresses plus épaisses et plus courtes, qui tirent moins.
- Choisir le tissage cousu. Préférer les tissages cousus aux tissages collés ; l’AAD juge les tissages particulièrement risqués sur cheveux défrisés, ce qui est le cas des longueurs en transition.
- Écouter la douleur. Une coiffure qui fait mal est trop serrée. Des croûtes ou un cuir chevelu qui se soulève « en tente » autour des tresses imposent de la défaire.
La zone à surveiller
Des cheveux cassés autour du front, une lisière qui recule ou des zones clairsemées là où la coiffure tire sont les premiers signes d’une alopécie de traction. À un stade avancé, selon l’AAD, les cheveux ne repoussent plus. Consultez un dermatologue dès les premiers signes.
La routine pendant la transition
Inutile de remplir la salle de bains. Pour les cheveux texturés, l’American Academy of Dermatology conseille de laver une fois par semaine ou toutes les deux semaines, d’appliquer un après-shampooing à chaque lavage, de faire un bain d’huile chaude deux fois par mois et d’utiliser un produit protecteur avant tout coiffage à chaud. Bosley et Daveluy ajoutent qu’hydrater le cuir chevelu exposé et la base des cheveux aide à retenir l’eau.
La méthode curly peut servir de cadre pour réorganiser ses flacons sans tout racheter : notre article sur les débuts de la méthode curly explique comment trier ce qu’on garde. Quand la repousse atteint quelques centimètres, c’est aussi le moment de regarder sa texture de près, zone par zone : la grille présentée dans notre article sur les types de cheveux de 2A à 4C aide à mettre des mots dessus, sans s’enfermer dans une case. Et une fois les longueurs défrisées disparues, les techniques pour définir ses boucles sans frisottis prennent tout leur sens.
Pour une vue d’ensemble de l’entretien des textures, de l’ondulé au crépu, notre guide des cheveux bouclés pose les bases, et la rubrique boucles et textures approfondit chaque étape. Un dernier repère utile : prendre une photo datée de la repousse tous les deux ou trois mois, au même endroit et à la même lumière. Les changements sont lents, le miroir quotidien ne les montre pas, et ces photos aident aussi le coiffeur à situer la ligne de démarcation le jour de la coupe.
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Questions fréquentes
Combien de temps dure une transition vers les cheveux naturels ?
Cela dépend de la longueur que vous voulez retrouver. Le cheveu pousse d’environ 1 cm par mois, soit une quinzaine de centimètres par an. Une transition qui vise une repousse de 15 cm avant la dernière coupe dure donc environ un an ; un big chop raccourcit cette période à zéro, au prix d’une longueur très courte au départ.
Big chop ou transition longue : que choisir ?
Le big chop convient si une longueur très courte ne vous gêne pas et si vous voulez découvrir votre texture tout de suite. La transition longue convient si vous tenez à garder de la longueur, à condition d’accepter des mois de double texture, un démêlage plus délicat et des coupes régulières des pointes lissées.
Pourquoi mes cheveux cassent-ils pendant la transition ?
La casse se concentre souvent à la jonction entre la repousse naturelle et les longueurs défrisées, deux matières qui ne réagissent pas de la même façon à la tension. Démêlez mouillé, avec un soin, par petites sections et des pointes vers les racines, limitez la chaleur et coupez régulièrement les longueurs traitées.
Peut-on faire des tresses pendant la transition ?
Oui, c’est même une façon courante de passer le cap. L’American Academy of Dermatology conseille de ne pas garder des tresses plus de 6 à 8 semaines, de les desserrer près de la lisière et de retirer toute coiffure qui fait mal. Une coiffure douloureuse est trop serrée et peut, à la longue, faire tomber les cheveux.
Faut-il arrêter le brushing pendant une transition ?
Il vaut mieux le limiter fortement. Lisser régulièrement la repousse à la chaleur ajoute une fragilité de plus et empêche de voir sa texture. Les dermatologues recommandent de réduire les outils chauffants à une fois par semaine ou moins. Les coiffures sans chaleur, comme les twists ou les tresses lâches, harmonisent mieux les deux textures.
Sources
- Bosley R. E., Daveluy S., « A primer to natural hair care practices in Black patients », Cutis, 2015. lien
- National Institutes of Health, « Hair straightening chemicals associated with higher uterine cancer risk », 2022. lien
- American Academy of Dermatology, « Hairstyles that pull can lead to hair loss ». lien
- American Academy of Dermatology, « Black hair: Tips for everyday care ». lien
- American Academy of Dermatology, « Hair loss: Who gets and causes ». lien
- American Academy of Dermatology, « 10 hair care habits that can damage your hair ». lien
- Hoover E., Alhajj M., Flores J. L., « Physiology, Hair », StatPearls (NCBI Bookshelf), 2023. lien
Miss Coiffure · Bouclés & texturés. Une erreur, une précision ? Écrivez à la rédaction.


